Ce soir, j’ai le cœur gros, voire même vacillant, prêt à évacuer tous les émois des derniers jours. La Terre n’a pas arrêté de tourner, mais l’espace-temps n’a pas eu emprise sur nous. J’ai encore de la misère à me concentrer sur autre chose, trop concentrée sur mon petit nombril.

Je me suis dirigée à l’urgence un dimanche soir avec ma fille de trois semaines qui faisait de la fièvre. On m’installe dans une salle et on me dit que le médecin ne tardera à venir nous voir. Je ne suis pas trop inquiète, je me doute qu’ils vont nous prendre en charge rapidement et que je serai, probablement, sortie dans quelques heures avec une prescription d’antibiotiques. J’aurais aimé être mieux informée et moins naïve sur les procédures que ça impliquait d’avoir un enfant de moins d’un mois fiévreux.

Le médecin arrive, m’annonce que je monte à l’unité de pédiatrie pour un minimum de 48h. Ils doivent effectuer des cultures de sang et d’urine, faire des radiographies et une ponction lombaire. C’est la procédure normale pour un enfant de cet âge-là.

Je vois défiler plusieurs infirmières et des techniciennes s’agitent autour de ma fille en pleurs. Elle ne comprend pas, elle se fait piquer sur tous les membres. Elle est tellement affaiblie qu’elle réussit à s’endormir par petits coups au travers de la douleur. Mon petit cœur de maman trouve ça dur.

Crédit:Crédit: Isabelle Daviault

Lorsqu’on arrive à l’unité de pédiatrie, la docteure décide de nous changer de chambre parce que ma fille tire trop son air et elle veut qu’on soit en face du poste des infirmières si la situation dégénère. La nuit s’étire entre les prises de sang, car elle a un trop haut niveau de gaz et l’empressement des infirmières à venir la moucher, car sa respiration est trop rapide et que ça affecte son rythme cardiaque. On me dit de ne pas l’allaiter, elle est trop faible, je dois me préparer à l’idée du gavage.

Le matin arrive enfin, je n’ai pas encore assimilé ou même compris ce qui s’est passé dans les dernières heures. On m’annonce que ma fille de trois semaines fait une bronchiolite et une pneumonie, on me dit que ce n’est pas grave, on est dans la saison pour ça. La docteure cherche ce qui a pu causer ses infections : la grande sœur avait un rhume la semaine d’avant et une otite dans chaque oreille. On me console, on avait déjà prit les précautions nécessaires : toute la famille a été vaccinée contre la grippe, on évitait le contact entre les filles, papa s’occupait de la plus grande et maman de la plus petite, on se lavait les mains régulièrement. Ce sont des choses qui arrivent.

Les jours suivants se sont enchaînés entre les prises de sang et de température corporelle, les antibiotiques par intraveineuses, on m’apprend à faire du clapping pour dégager ses voies respiratoires, un moniteur qui s’agite à tout instant, des infirmières sur le qui-vive qui nous regardent par la fenêtre de la porte. On a été soulagés de voir la fièvre descendre, l’entendre respirer de façon plus normale, de la voir plus réveillée. Elle n’est plus à risque, on change de chambre avec la lueur d’espoir d’avoir un congé bientôt.

Quelques jours plus tard, on retourne à la maison; je suis brûlée, mais heureuse. On se console et on se rassure, on est chanceux : la situation aurait pu dégénérer rapidement, l’état de ma fille aurait pu avoir plus de complications. On a été chanceux dans notre malchance, comme on dit.

Ce soir, j’ai le cœur gros. Gonflé de bonheur d’entendre le rire de ma plus vieille résonner entre mes quatre murs, ma plus jeune endormie dans mes bras qui respire sans râlement alors qu’on est collées sur papa, de retour à notre vie de famille normale.

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