Je suis dépressive. J’ai toujours su que quelque chose clochait chez moi. Entre mes périodes dépressives et les moments plutôt « normaux », j’ai toujours vécu avec la crainte de redescendre au fond du baril. Je me souviens encore de ma première dépression. Je n’avais que 17 ans. La seule pensée de me lever pour me rendre à mes cours était une vraie torture. Je ressens encore ce vide, un vide rempli d’une grosse boule de malheur inexplicable. Je me sentais complètement dépassée par cette situation que je ne pouvais définir par aucun mot. Dans ma tête, c’était un tsunami, une vraie tempête au milieu de l’océan. Tout allait tellement vite que je ne pouvais même pas prendre le temps de me poser et tenter de me calmer. Cette dépression a duré une demie année.

Au début de ma vingtaine, j’ai vécu ma deuxième dépression. J’étais au travail et sans avertir, un flot de larmes venait cogner à mes paupières. Sans même avoir le temps de répondre, je sentais chacune d’elles couler ses mes joues. Je ne comprenais pas, à vrai dire, je ne comprenais rien de ce mal obscur. J’étais incapable de me concentrer, de faire mon travail. Mon cerveau n’était réactif qu’à la peine.

Entre ma deuxième et ma troisième dépression, j’ai vécu 2 ans de stabilité. J’ai vécu la maternité et de cette expérience fabuleuse est née ma première fille. Six mois plus tard, la dépression m’attendait au tournant. Cette fois-ci, je n’étais plus seule et je ne parle pas juste de ma fille. Je parle de la culpabilité. Ce sentiment qui te fait sentir mal jusqu’au bout des orteils. Je me sentais tellement coupable de vivre une si grande déprime après ce cadeau de la vie. Comment pouvais-je me sentir aussi triste quand j’avais le plus merveilleux bébé du monde?

J’étais complètement isolée, seule à la maison avec mon bébé qui me regardait pleurer du matin jusqu’au soir. Je me souviens d’une journée en particulier. J’aurais aimé faire disparaître mon bébé tellement j’avais le mal de vivre. Je me sentais en prison dans cette ville où j’habitais, dans cette maison que je me devais d’entretenir, avec ce bébé qui était ma responsabilité. En réalité, je me sentais esclave de mon esprit. J’étais enchaînée à des pensées irrationnelles et à une détresse sans mots impossible à comprendre. Cette journée, j’ai dû appeler mon conjoint pour qu’il vienne me voir parce que même respirer était douloureux. Je me vois encore, assise sur mon divan, mon enfant me regardant avec amour pendant qu’une rivière de larmes submergeait mon visage.

Durant cette période sombre de ma vie, j’ai appris ma deuxième grossesse. Durant un suivi médical, j’ai complètement explosé. J’avais tellement honte de moi. Honte d’avoir un enfant dans les bras et un dans mon ventre. Comment pouvais-je être une bonne mère? J’étais complètement désarmée. Je savais bien ce qui allait se passer et j’étais prête. La médication était rendue pour moi la seule option à ce moment-là. La médication m’a sauvé la vie.

Ça fait 4 ans aujourd’hui que je suis médicamentée. J’ai vécu des périodes plus difficiles pendant cette période, mais j’ai su gagner en résilience. J’ai aussi su me confier aux bonnes personnes. J’ai appris à m’écouter et à observer mes symptômes lorsque je sens que je suis plus fragile. La dépression est une maladie et nous ne choisissons pas d’être malades. Je n’ai plus honte aujourd’hui. J’accepte qui je suis, j’accepte l’aide qu’on m’offre et je mets mon énergie là où j’ai du pouvoir pour être là pour ma famille.

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