Chaque souper, au moment où on se retrouve en famille, j’essaie de faire placoter mes enfants pour en apprendre un peu plus sur leur journée. Je commence habituellement par faire un tour de table et demander : « Qu’est-ce que vous avez aimé le plus/le moins de votre journée? » Parfois les réponses sont amusantes, d’autres fois, un peu plus inquiétantes.

Ma fille fréquente un CPE. Elle a eu 4 ans en avril dernier. Elle vient tout juste de rejoindre le groupe des plus grands. Avec son nouveau groupe, j’entends beaucoup de : un tel ou une telle m’a lancé des jouets, un tel ou une telle me dit toujours qu’elle ne veut plus être mon amie, je ne veux plus inviter un tel à ma fête de 5 ans, il me dit toujours d’aller jouer ailleurs. À ces mots, papa et moi, on mise sur sa confiance en elle et sur l’expression de ses sentiments.

Grâce aux nouvelles règles sanitaires, j’ai pu accompagner, pour la première fois depuis la pandémie, mes enfants jusque dans la cour ce matin. Il y avait un groupe d’amis qui jouaient dans un coin. Ma fille est allée les rejoindre tout sourire. Elle s’est fait barrer le chemin. J’entendais les enfants chanter : « on ne veut pas jouer avec toi, on ne veut pas jouer avec toi » tout ça mené par un chef d’orchestre, de la trempe de ceux prêts à partir pour la maternelle.

Ma fille s’est défendue, avec des mots. Elle leur a dit, haut et fort, avec un aplomb du tonnerre et une émotivité poignante: « Vous me faites de la peine au cœur! » Elle a hurlé sa colère et sa peine plus fort que la chorale. Ce qui a eu pour effet de faire taire la chanson brise-cœur et d’initier une intervention avec les éducatrices. Je suis tellement fière de cette enfant. Elle met des mots sur ses émotions et les exprime avec ardeur. Elle est sensible, douce, attentionnée, mais elle est aussi forte et très intelligente.

Je dois avouer que je ne croyais pas devoir gérer de l’intimidation si tôt avec mon enfant. Force est d’admettre que cela m’inquiète pour le futur. Je souhaite que ces difficultés n’entravent pas les prochains changements auxquels elle aura à faire face. J’espère que cela ne laissera pas de traces dans son petit cœur.

Après la journée de garderie, je vais emmener mes enfants boire une bonne slush. Je vais leur dire à quel point elles sont merveilleuses. Je vais leur dire de ne jamais, jamais accepter les méchancetés des autres, que la plus grande force est dans la parole et, bien sûr, qu’elles pourront toujours compter sur moi.

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