Aux yeux de plusieurs, la situation familiale dans laquelle j’ai grandi peut s’avérer difficile. Mon père est décédé dans un accident de voiture à 31 ans, laissant ma mère seule à élever deux enfants (dont un encore bien au chaud dans son ventre). Pourtant, ce que je retiens de mon enfance, ce n’est pas ce synopsis tragique. J’ai surtout grandi dans une grosse bulle de bonheur avec une mère forte et résiliente.

Je me rappelle encore avoir dessiné ma famille à l’école primaire. J’étais fière. Ma mère, mon frère, nos deux chats et moi affichant tous de grands sourires. Quand on a présenté nos chefs-d’oeuvre, j’ai remarqué que j’étais la seule sans papa. Je réalisais pour la première fois que mon cocon familial était différent de celui des vingt autres élèves, qu’il était aussi différent de la norme. J’habitais dans une petite ville où tout le monde connaissait tout le monde et où tout le monde savait que je n’avais que ma maman. À cette époque donc, je ne me suis jamais posé de question. À la fête des Pères, par exemple, j'étais contente de toujours faire le bricolage pour mon grand-père. Mon quotidien était tout ce qu’il y a de plus normal. 

Puis, au secondaire, j’ai fait plusieurs nouvelles rencontres. Puisque l’école était dans la ville d'à côté, mes nouveaux amis ne connaissaient rien de moi. Après plusieurs mois à se côtoyer, parfois, ça tombait sur le sujet: « Oui mon papa est décédé, je ne l’ai jamais connu. » Le visage de mon interlocuteur affichait alors toujours de la tristesse ou de la compassion. J’ai réalisé alors que je n’aimais pas mentionner ma situation familiale à mes nouveaux amis, car ils m’obligeaient à me sentir triste.

Avec le temps, j’ai compris qu’il me manquait une certaine partie de moi, car je n’ai jamais eu la chance de connaître mon père. Bien sûr, je donnerais tout pour qu’il ait été avec nous plus longtemps. J’ai aussi réalisé à quel point ma mère est badass de nous avoir élevés seule, mon frère et moi, après la plus grande épreuve de sa vie. 

Étant maman pour la première fois aujourd’hui, je suis impressionnée de la force qui l’a habitée toutes ces années. Je ne la remercierai jamais assez de m’avoir offert une enfance des plus normales malgré tout et surtout, d’être mon inspiration dans mon quotidien avec mon fils. 

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