Dis-moi sur quoi tu coupes, et je te dirai qui tu es... 

T’es une mère. Dévouée à l’os. Aimante et tenace. T’es un père travaillant, présent, soucieux du bien-être de ses enfants. T’es un parent; viscéralement investi, génétiquement tatoué, tripes sur table et compagnie. T’as une montre, mais tu ignores ses tic toc, au profit de tes minis. Le temps te manque. Mais tu ne manques jamais à l’appel. Et même si le désir de solitude, parfois, t’interpelle, tu laisses l’amour meubler chacune des minutes de ta journée. Alors comment fais-tu pour tout accomplir en moins de 24 heures, avec ou sans complice? 

Dis-moi sur quoi tu coupes, et je te dirai qui tu es.

Tu es la crème de la crème, en matière d’humain. Tu satisfais les mille et un besoins de tes chérubins, avant les tiens. Tu nourris leur vie de certitude, quand la tienne se meuble parfois d’incertitudes. Tu les cajoles et stimules à souhait, feignant les pets bruyants sur leur bedaine goulûment remplie. 

Tu cuisines à même la sueur de ton front, des macaronis tout simples ou des antipasti inspirés d’Italie. Tu les couches, soir après soir, sur un pavé de merveilles soyeuses, garnissant au passage leur tête d’histoires et de fables enthousiastes. Tu décrasses leurs petits orteils sablonneux, avec tendresse et savon. Tu les humeras plus tard, dans leur sommeil, une fois la vaisselle esquivée... ou savamment essuyée, pour t’enivrer de leur parfum; soporifique remède pour une nuit parentale méritée.  

Dis-moi où tu coupes, et je te dirai qui tu es.

Tu es de l’or en barre sur fond d’inexactitude. Prière de ne pas te vexer. Tu respires la vie, la donnes et la redonnes, sans compter. Tu t’époumones d’enthousiasme exagéré devant la Reine des neiges, mais perds parfois patience à répéter et répéter. Tu te donnes à 100% en matière de collage ou de bricolage, mais frises parfois la nullité en matière de réparation de caleçons. Tu façonnes des milliers de moments uniques, à grands coups de pirouettes; torticolis à l’appui, mais parfois, tu perds la carte et cumules les tensions, faute de fatigue et d’inattention. Tu cartographies avec nostalgie chaque centimètre sur l’échelle de croissance de tes petits et savoures, parallèlement, le brin d’indépendance acquis. Tu pries pour que le temps, jamais, ne s’arrête, mais aimerais le dupliquer pour ne rien escamoter.

T’es un parent formidable, mais t’es pas parfait. Alors oui, tu coupes sûrement quelque part, pour surmonter ta journée bien chargée. Et c’est là où ta perfection s’arrête. Là où ta carapace craque, avec ou sans culpabilité. C’est ta faille, parce qu’il faut qu’il y en aille, des fuites, dans ta marmite trop pleine. Pis c’est correct de même!

Comment peux-tu, tout à la fois: 
- Travailler plusieurs heures par semaine avec, en retour, un revenu décent;
- Cuisiner des repas sains et diversifiés et faire l’épicerie, bio ou pas bio;
- Penser aux vêtements qui rapetissent au fur et à mesure, qui se salissent au rythme de la démesure;
- Stimuler et jouer suffisamment avec tes enfants, apprécier leurs folies et en créer aussi; 
- Entretenir une maisonnée convenablement, dehors comme dedans;
- Éduquer et encadrer tes tout-petits pour les rendre responsables, épanouis et autonomes, sans perdre les pédales;
- Avoir une vie sociale saine;
- Maintenir des liens familiaux de qualité; 
- T’accorder des moments d’intimité avec ta douce moitié; 
- Te garder en forme physiquement (et mentalement);
- Dormir un sommeil convenable et recharger tes batteries généreusement; 
- Maintenir une routine autant que possible, pour stabiliser les enfants et la vie;

- Sortir de la routine, voyager, vivre des expériences pour se cultiver; 
- Être heureux dans ton rôle de parent.
 
C’est l’utopie parentale, quintuplée par la démente pression sociale. Dis-moi sur quoi tu coupes? Tu y arrives? Sainement? Parfaitement?

Aux dernières nouvelles, il n’y a pas de krypton dans les eaux municipales. Il n’existe pas pour de vrai, le code génétique des superhéros. Et qui a dit qu’il fallait cocher tous les éléments de la liste, pour faire preuve d’héroïsme? T’es un parent, dans toute son humanité.

Tu coupes dans le gras, ou tu en manges. Ça ne nous regarde pas, entre toi et moi. Mais tes coupures sont saines et nécessaires. Parce que courir après la perfection, ça ne te brûle pas juste le gras, ça te siphonne le lampion. Tes enfants doivent sentir que tes choix sont assumés, quand tu laisses tomber certaines corvées. Ton tout-petit sait que l’équilibre vaut mieux que la perfection. Et s’il ne le sait pas; à toi de lui enseigner l’existence des limites et de l’imperfection. Tu lui montres que tu n’es pas l’as de chacune des situations. Que le quotidien se mange à petites bouchées. Qu’il y a des coupures bénéfiques, à ta droite ligne de conduite. 

Si tu procrastines devant ta pile de linge sale, que tu coupes dans ton nettoyage de fenêtres annuel; tu cultives probablement une pelletée de moments à faire des trucs qui te rapportent davantage. Et ça, c’est sage.

On dit que couper les cheveux tôt, ça stimule la repousse. Fait que coupe ici et là, à la mesure de ta capacité, puis tu vas voir, toutes ces petites pousses de bonheur que tu auras choisi de générer. 

 
Coupe et je te dirai alors qui tu es: un parent équilibré.

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