Alors que j’étais encore à mon premier trimestre de grossesse, on me disait déjà de ne pas perdre une seconde pour inscrire ma fille sur les listes d’attente des garderies. Je trouvais ça fou, de devoir penser à la confier à quelqu’un durant plusieurs dizaines d’heures par semaine, et ce, avant même qu’elle soit née. Les choses étant ce qu’elles sont, nous avons surfé la vague et nous nous sommes mis rapidement à la recherche d’un service de garde.

Nous avons eu beaucoup de chance, et nous avons été rappelés par la garderie qui nous faisait de l’œil depuis le jour 1. Nous allions avoir l’occasion d’offrir à notre puce une intégration progressive en respectant son rythme, et surtout, d’être à quelques minutes d’elle en tout temps, s’il devait arriver quelque chose. Nous étions donc très contents du dénouement de cette situation très stressante. Nous avions hâte de commencer cette nouvelle aventure qui permettrait à notre poulette de voir d’autres gens et de socialiser, chose qu’elle n’a pas eu beaucoup la chance de faire depuis sa naissance en février 2020.

Et puis, quelques jours avant le début de son intégration, les articles se sont multipliés dans les médias sur les bébés COVID et les difficultés qu’ils vivent dans les services de garde en raison de la pandémie. Il n’en a pas fallu plus pour que mon hamster s’emballe et que mon cœur de maman remette tout en question. Parce que comme beaucoup de familles au Québec, nous avons mis un monde un bébé à l’aube de la pandémie. Et comme tous les parents, nous essayons de minimiser les conséquences de tout ça sur la vie de notre bébé, autant que faire se peut, et au meilleur de nos connaissances de nouveaux parents.

En plus de tout ce que nous avons vécu dans les derniers mois, les études nous annoncent maintenant que nos bébés qui fréquentent des services de garde seront sans doute marqués pendant des années par les conséquences du confinement, des masques, de la distanciation physique, et j’en passe. Troubles de comportement, retards de langage, insécurité et anxiété, une panoplie de mots qu’aucun parent ne veut entendre lorsqu’on parle du développement de son tout-petit.

Comme beaucoup, nous sommes confrontés à un raz-de-marée de questions sans réponses. Est-ce que ce n’est pas égoïste de notre part de condamner notre fille à potentiellement développer ces problèmes, sous prétexte que nous voulons retourner travailler? Est-ce que nous devrions rester à la maison avec elle plus longtemps, pour nous assurer que son développement verbal, affectif et social se fasse le plus normalement possible? Est-ce que ce n’est pas justement la priver d’occasions de s’épanouir que de vouloir la garder avec nous? Est-ce que nous devrions renoncer à notre place en garderie, ou l’envoyer seulement quelques jours par semaine? Est-ce que notre présence et nos efforts suffiront à la protéger des conséquences de la pandémie sur son développement?

Qu’on se comprenne bien, je sais que les éducateurs et les éducatrices en service de garde font tout ce qu’ils peuvent dans les circonstances, et bien plus encore. Eux aussi vivent des situations qui dépassent l’entendement, et ils paieraient cher pour retirer leur masque et arrêter de s’en faire pour leur santé et celle de leurs petits amours. Peu importe ce qui arrivera à notre fille, jamais il ne me viendra à l’esprit de les blâmer pour quoi que ce soit.

Cela étant dit, notre fille a commencé la garderie cette semaine. Et lorsque je vois tout l’amour que ses éducatrices lui prodiguent déjà, ça réconforte mon cœur de maman tourmenté. Tout le monde fait son gros possible, et nous verrons ce que l’avenir nous réserve. Nous pelletterons la neige lorsqu’elle sera tombée, comme on dit!

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