Quatre cicatrices et un test de grossesse positif : ce sont tous les souvenirs qu’aura laissé derrière lui ce petit potentiel-de-bébé-qui-ne-s’est-jamais-épanoui. Cette fois-là, j’étais la statistique presque impossible, le 1% que représentent les grossesses ectopiques, où l’embryon, ou du moins les cellules de grossesse, s’établissent ailleurs que dans l’utérus (une trompe dans mon cas).

Dès le début de ma grossesse, rien n'allait vraiment. Les médecins disaient que j'étais un « cas atypique ». J’avais eu ce que je croyais être des règles, mais non, finalement j’étais bien enceinte. Et puis, d’autres petits saignements une semaine plus tard. Et toujours des crampes. Pas des crampes à plier en deux, mais des crampes qui t’empêchent de te concentrer au travail.

Pendant des semaines, j’ai dû aller à la clinique puis à l’hôpital pour essayer de comprendre les saignements, les crampes, les hormones de grossesse qui augmentaient un peu étrangement, mais qui augmentaient assez bien pour qu'on croie pendant un gros 4 jours que ma grossesse évoluait bien, finalement.

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Et quatre échographies plus tard, on a finalement vu apparaître un petit être au mauvais endroit. Alors que j’étais seule, sans mon mari (COVID oblige), on m’a annoncé qu’on devrait le retirer par chirurgie, que ma grossesse était « trop avancée » pour un médicament.

On m’a quand même un peu flatté l’épaule, au diable la COVID. Mais câline, je n’aurais jamais pensé devoir annoncer une telle nouvelle au père de mes enfants par téléphone. Lui demander de venir de toute urgence pour enfin pouvoir pleurer dans les bras de quelqu’un et pas juste derrière un masque, devant des étrangers qui me donnent la permission de le retirer pour me moucher.

Heureusement, même s’ils étaient physiquement distants, beaucoup d’entre eux ont été d’une empathie remarquable (Un peu moins le chirurgien qui m’a dit direct quand je suis arrivée dans son bureau que c’était une bonne nouvelle parce que ma trompe n’avait pas encore éclaté et que je n’étais pas encore dans d’atroces souffrances. Suuuuper.). Je les salue, cet infirmier au sourire chaleureux, cette technologue, cette gynécologue, cette infirmière en salle de réveil qui m’a fait regarder une vidéo de Lady Gaga pour me changer les idées et m’aider à me sortir de la brume de l’anesthésie générale, cette infirmière qui a fait tellement attention en changeant mes pansements.

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Maintenant, à peine une semaine et des poussières plus tard, je vais mieux, je me rétablis de la chirurgie. J’ai essuyé la tête haute les « au moins » des gens : « au moins ta trompe n’a pas éclaté », « au moins tu as deux autres enfants en santé », « au moins tu pourras retomber enceinte un jour ».

 

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Mais des fois, je conduis, sur une autoroute sans fin, et le vide me rattrape un peu. Le temps de pleurer quelques minutes sur une chanson un peu trop triste qui passait à la radio à ce moment-là.

Adieu, mon bébé 3 que je n’ai jamais eu le temps d’aimer, mais dont je porterai toujours le deuil. Je ne t'oublierai pas.

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